Solutions EdTech face au COVID-19 dans les pays francophones

This is part of our coronavirus (COVID-19) and EdTech series.

Une chose est sûre avec le coronavirus – il n’a pas de frontière. Depuis son émergence, le coronavirus a causé la fermeture d’écoles dans le monde entier. Ce nouveau blog post s’intéresse aux près de 300 millions de francophones dans le monde et aux leçons que nous pouvons tirer de leurs systèmes d’éducation face au coronavirus pour démontrer l’importance d’une réponse globale, en particulier par la collaboration des pays de langues communes, pour assurer une continuité de l’éducation pour tous. A la lumière des expériences de fermetures d’écoles dans plusieurs pays francophones – aux niveaux de revenus différents – nous nous intéresserons à leurs réponses et à leurs possibilités de collaboration. 

France et Belgique à l’heure du numérique 

La France et la Belgique sont deux pays disposant de ressources considérables leur permettant une transition vers l’éducation à distance. En France, les professeurs sont en charge du soutien à leurs élèves à travers l’Environnement Numérique de Travail (une forme de système d’intranet pour chaque établissement), les emails ou autres outils adaptés pour les élèves ne disposant pas d’un accès à internet. Le système repose aussi sur la plateforme Ma classe à la maison qui permet aux élèves et enseignants de rester en contact, prendre part à des activités virtuelles et envoyer des exercices et devoirs pour tous les niveaux de la maternelle au baccalauréat. Un système similaire a été adopté en Belgique à travers la plateforme EAD/Elearning de la Fédération de Wallonie-Bruxelles. Elle propose des cours en ligne pour préparer, en priorité, les examens de fin d’année de niveau primaire et secondaire. Ces plateformes existaient avant le coronavirus mais leur usage massif soulève de nouveaux défis: le nombre d’élèves qui peuvent utiliser ces plateformes en même temps, les capacités techniques des enseignants, élèves et parents à utiliser ces plateformes, ou l’adaptabilité de ces plateformes à des cursus nécessitant un accompagnement plus personnalisé à l’image des cursus technologiques et professionnels. 

Maroc : Mon prof à la télé !

Le 13 Mars, le Maroc a fermé ses écoles pour ses 8 millions d’élèves. Le Ministre de l’Education, Mr Saair Amzazi, a alors annoncé des mesures de continuité de l’apprentissage. Cette approche a sans doute inspiré ses voisins Algériens et Tunisiens qui ont pris des mesures similaires à la fin du mois de Mars et début du mois d’Avril. La continuité de l’apprentissage est permise par la plateforme TelmideTICE. Comme en France, elle permet aux étudiants de troisième, première, terminale et aux CM2 de préparer leurs examens de fin d’année. Selon les chiffres du ministère, près de 1.2 millions d’élèves suivent les cours sur cette plateforme chaque jour au Maroc. 

Bien que le Maroc soit l’un des pays les plus connectés du continent Africain, 30% de sa population n’a pas accès à internet. Pour prendre en compte ces données, le Ministère de l’Education ne s’est pas contenté des mesures en ligne. Pour les familles ne disposant pas d’un ordinateur ou d’un accès à internet, des solutions pour suivre les cours ont été proposées à travers la chaîne TV Attaqafiya. Cette approche n’est pas sans rappeler les programmes spécialisés proposés par la chaîne France 4. (Si vous ne l’avez pas encore fait, n’hésitez pas à lire notre précédent blog post pour découvrir comment la télévision peut être un outil efficace pour améliorer les résultats d’apprentissage à distance). Bien qu’il soit encore tôt pour évaluer les résultats des mesures marocaines, nous pouvons noter cette volonté visant à réduire l’impact de l’inégal accès aux ressources digitales d’apprentissage et infrastructures dans le pays. 

Au Sénégal : transition forcée à l’apprentissage à distance 

En Afrique de l’Ouest, et notamment au Sénégal, le COVID-19 fait resurgir le douloureux souvenir d’Ebola. Plusieurs acteurs du développement international ont souligné la nécessité de s’appuyer sur les leçons d’Ebola pour faire face à la crise actuelle. Suite à la décision de fermer les écoles le 16 Mars dernier, le Ministère de l’Education sénégalais a annoncé qu’il s’appuierait sur sa plateforme Apprendre à la maison, dans une approche similaire à celle de la France ou du Maroc. Le Sénégal n’est pas le seul pays d’Afrique de l’Ouest à s’appuyer sur une plateforme numérique puisque la Cote d’Ivoire dispose de Mon Ecole a la maison.

Comparé aux taux d’accès internet relativement plus élevés de la France ou du Maroc, le Sénégal n’a un accès internet qu’à 63% dont 89% via les réseaux mobiles. Ces chiffres ne soulèvent pas seulement le défi de l’accès à la plateforme mais aussi de son optimisation pour l’utilisation sur mobile pour permettre aux élèves de suivre les cours à distance. Tout comme au Maroc, cette plateforme cible en priorité les élèves préparant des examens de fin d’année. Le Sénégal apparaît alors comme un cas de tentative de mise en œuvre de mesures à distance tout en démontrant les limites d’un système ne disposant pas encore d’une infrastructure digitale complète et pouvant donc largement tirer profit d’une collaboration et d’un partage des ressources de pays francophones faisant usage de plateformes similaires. A cela s’ajoute aussi la similarité de certains programmes scolaires entre la France, le Maroc et le Sénégal qui pourraient ainsi permettre le partage de cours en commun. 

Haïti : Éducation à l’arrêt ? 

Haïti propose un autre niveau de réponse. Le Président Jovenel Moïse a annoncé la fermeture générale des écoles et universités dans le pays le 20 Mars. Bien que le Ministère de la Communication partage régulièrement des informations sur les réseaux sociaux, à notre connaissance, peu de mesures concrètes ont été mises en place pour l’Éducation à distance. Le ministère a notamment annoncé travailler sur une plateforme numérique d’apprentissage à distance qui soulève cependant des questions dans un pays qui ne disposait d’un accès internet qu’à 12% en 2019. De plus, ce développement tardif de la plateforme en ligne occasionne un retard d’environ un mois pour l’ensemble des élèves depuis la fermeture des écoles. 

Le coût, les ressources humaines, les capacités techniques, et la fragilité du contexte sont source d’une forte pression sur la capacité des systèmes d’éducation à faire la transition vers l’éducation à distance. En République Démocratique du Congo, le doute quant à la capacité de l’Etat à répondre à la crise a même donné lieu à des rumeurs d’année blanche pour les élèves, bien que rapidement démenties. Dans ces contextes, en cas de crise sanitaire nécessitant des mesures de distanciation sociale incluant la fermeture des écoles, la continuité de l’éducation par d’autres moyens est donc très difficilement maintenue. Il est alors nécessaire pour le système d’éducation global, en particulier pour les pays partageant une langue commune, de développer des solutions adaptées à chaque type de contexte et de ressources.

Les pays francophones pourraient-ils mieux partager et apprendre entre eux ? 

L’analyse de la réponse de systèmes d’éducation francophones au coronavirus démontre une inégale capacité à assurer la continuité des enseignements. Dans tous ces cas, les solutions EdTech ont le potentiel d’aider à l’apprentissage. 

Le renforcement des capacités et ressources sera essentiel pour faire face à la crise éducative qui a suivi la crise sanitaire. Dans cet effort commun pour la continuité des enseignements, les pays à plus hauts revenus et disposant à la fois de ressources financières et techniques peuvent soutenir le développement d’approches innovantes sur le long terme dans les pays en développement. Ce soutien peut reposer sur du partage de connaissances, de ressources digitales ou prendre la forme d’assistances techniques. L’efficacité de se soutien reposera sur son adaptation aux contextes locaux. Certains pays, à l’exemple du Maroc vont nécessiter un soutien ciblé tandis que d’autres ont besoin d’un développement structurel (à l’exemple d’Haïti). Dans tous les cas, et face à l’urgence d’une nécessaire réponse, des solutions à bas cout comme la radio, la télévision ou l’ajustement de plateforme en ligne pourrait avoir un impact majeur pour la réponse des systèmes d’éducation face au COVID-19.

Cette pandémie est multilingue et la réponse des systèmes d’éducation ne devrait pas se limiter aux barrières de la langue. Mais il n’empêche que le partage d’une langue commune sera un atout indéniable dans le domaine de l’éducation. 

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