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L’utilisation des preuves pour renforcer la formation pédagogique à travers les technologies à Madagascar

Des lycéens de Soavinandriana, de la région Itasy, Madagascar, assistant à une séance de projection de vidéo éducative.
Crédit Photo: Hasiniavo Rasolohery, 2019

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Contexte

Madagascar fait face à un taux élevé de la pauvreté d’apprentissage; 97 pour cent des enfants en classe de primaire du pays ne sont pas capables de lire un texte en français adapté à leur âge (Banque mondiale 2019, sur données PASEC 2015). Nous savons que les enseignants ont une influence cruciale sur l’éducation des élèves; en 2019, seulement 15% des enseignants primaires Malagasy avaient la qualification nécessaire. Comment appuyer ces enseignants efficacement afin d’améliorer l’éducation des étudiants? Et comment cet appui pourrait être fourni à distance sur une grande échelle, en utilisant des technologies qui peuvent aider les communautés dont l’accès au réseau est faible? Malgré ladite éxistence de connexion à très haut débit , le faible taux de pénétration d’Internet montre que seuls 2.1% des Malagasy ont accès à Internet (Article Quartz, Lijadu, 2019).

Depuis la première incursion de EdTech Hub dans ces problèmes à travers un briefing du « Helpdesk » sur les initiatives de développement professionnel des enseignants dans les environnements à faible connectivité, nous avons travaillé avec le Ministère l’Éducation Nationale (MEN), L’Institut National de Formation Pédagogique (INFP), et la Banque Mondiale sur la première composante du Projet d’Appui à l’Education de Base pour étaler cet ensemble de défis. 16 000 enseignants de la première et deuxième année seront directement impliqués dans un pilotage de formation pédagogique (FP) dans le cadre de ce projet, afin d’améliorer les résultats des élèves en lecture et calcul. 

Conversations basées sur des preuves 

Ce blog partage des connaissances issues des conversations que nous avons eues avec des collègues à Madagascar. De telles conversations cherchent à intégrer ce que nous savons sur le FP à travers la technologie avec des facteurs spécifiques au contexte Malagasy. Nos informations sont regroupées sous quatre thèmes: l’approvisionnement en matériel, la mise à l’échelle itérative, l’utilisation de données historiques, et la mise en œuvre d’une approche pédagogique au pilote.

Acquisition de matériels

Les plans initiaux du FP prévoyaient l’achat en grande quantité de 16 000 smartphones et 16 000 tablettes. Cependant, nous nous sommes demandés si au lieu de se procurer ces matériels, le pilote pourrait utiliser soit un smartphone soit une tablette. Ou mieux encore , s’inspirant d’un blog de Mike Trucano, est-ce que le pilotage de formation des enseignants pourrait utiliser les technologies que les enseignants possèdent déjà et utilisent régulièrement. Nous avons discuté de ces questions avec le ministère pour promouvoir la meilleure façon d’aborder les décisions concernant le matériel pour le projet pilote.En mettant nos propres conseils pour faire le point sur ce qui existe en pratique, nous travaillons actuellement sur l’élaboration d’une enquête pour étudier l’accès, l’utilisation et les besoins actuels des enseignants Malagasy en matière de technologie. Bien que nous ayons des données sur les ménages sur la propriété de certaines technologies (voir la Figure 1), les données sur l’accès des enseignants à la technologie et son utilisation ne sont pas disponibles.

Figure 1. Impression écran d’une présentation au Mme le Ministre Sahondrarimalala montrant la possession de technologies au sein des ménages à Madagascar

Source: Enquête à Indicateur Multiple, UNICEF (2018)

L’enquête nous donnera une meilleure compréhension sur le matériel nécessaire et la manière dont les enseignants vont l’utiliser, en aidant à réduire les risques liés aux décisions d’achat de matériel et en créant un potentiel pour augmenter la rentabilité et l’évolutivité du pilote. Bien qu’aucune décision finale n’ait été prise, l’achat de deux périphériques matériels proposés par enseignant au lieu d’un seul représenterait une économie potentielle d’environ 1,6 million de livres sterling, libérant des ressources pour la formation et la maintenance ultérieures.

Au-delà des décisions d’achat qui pourraient entraîner des économies considérables sur les coûts, les données de l’enquête informeront sur d’autres aspects du projet pilote. Par exemple, les données sur la préparation technologique des enseignants pourraient aider à déterminer les niveaux de soutien en termes de formations technologiques dont ils ont besoin. Nous sommes confiants que cette approche nous permettra d’économiser de l’argent sur le matériel, de cibler les besoins des utilisateurs et d’aboutir à une conception pilote efficace.

Un enquêteur prenant note la participation des étudiants durant un focus group
Photo credit: Hasiniavo Rasolohery, 2018

Mise à l’échelle par itération

Le projet pilote vise à améliorer les compétences de 16 000 enseignants en lecture et calcul dans les 22 régions de Madagascar. Ce qui est ambitieux et difficile, mais pas impossible. Pour y parvenir, nous avons de bons pourparlers sur la façon d’aborder la mise en œuvre de manière itérative afin de suivre et d’évaluer les progrès, puis d’apprendre et de nous adapter. 

Bien qu’il soit difficile à intégrer dans les calendriers de projet existants, l’intégration de tests à petite échelle dans les activités du projet permet de valider les hypothèses critiques sous-tendant la livraison du projet.  

Un exemple? L’intégration des enseignants dans certaines régions qui sont difficiles à atteindre dans la première cohorte du projet pilote. En commençant par ces régions qui sont à la fois les plus difficiles à atteindre et ayant les résultats d’apprentissage moins élevés, nous aurons une courbe d’apprentissage à court terme plus abrupte (un autre blog Trucano en 2013 en discute plus en profondeur). Par conséquent, le suivi des progrès de la première cohorte nous fournira d’inestimables informations pertinentes pour les prochaines étapes à plus grande échelle du pilote, tout en garantissant que le pilote reste contextuellement pertinent pour ces zones initiales.

Figure 2. Huit régions pilotes ciblées.

Source: Adapté du site: yourfreetemplates.com, 2021

Figure 3. Indice de développement humain infranational (IDH) des 22 régions de Madagascar (zones rouges plus foncées représentant un IDH inférieur).

Source: Global Data Lab, Smits & Permayer (2020).

Construire sur la base des acquis antérieurs

En concevant le projet pilote de FP aux côtés de partenaires, nous voulons nous assurer que nous tirons parti des leçons des projets précédents à Madagascar, tout en intégrant de nouvelles perspectives issues des bonnes pratiques mondiales, le cas échéant. Les leçons tirées de plusieurs projets et programmes de FP mis en œuvre à Madagascar au cours des dernières années offrent une base essentielle à partir de laquelle commencer.

Par exemple, ce projet pilote s’appuie sur le projet Formation À Distance des Enseignants du Primaire à Madagascar (FADEP.MG) de 2016 dirigé par le ministère dans lequel les compétences de 1 000 éducateurs formels et informels ont été évaluées. Nous avons dédié une section dans le questionnaire d’enquête pour identifier les participants du projet 2016. Le suivi avec les participants offre un aperçu important de l’impact du programme 2016 et nous montre comment ces activités continuent à avoir un impact sur la pratique de l’enseignement (ou non). Cela crée un cycle d’apport continu de feedbacks qui devrait contribuer à l’amélioration continue des projets actuels et futurs.

Figure 3. Aperçu du questionnaire de sondage axé sur l’historique des projets du ministère. 

Approche pédagogique du pilote FP

Les caractéristiques d’une formation efficace des enseignants (par ex., ce dossier EdTech Hub) fournissent les bases de nombre de nos discussions liées aux activités de FP ayant eu le plus d’impacts afin d’appuyer l’apprentissage des enseignants et des élèves. S’appuyant sur ces caractéristiques, le pilote intègre les caractéristiques suivantes:

  • Des mini-regroupements d’enseignants au sein du même établissement scolaire pour promouvoir le soutien par les pairs et les opportunités d’apprentissage. Regrouper les enseignants dans de petites communautés leur donne l’occasion de partager des notes sur leur travail à la fois dans et en dehors de la salle de classe, mais aussi pour développer un sentiment de solidarité. Ces espaces permettent aux enseignants de mettre en pratique les enseignements tirés des sessions de formation et de réfléchir à la manière dont cela fonctionne en classe, afin de réajuster les méthodes pratiquées en classe.
  • Une communauté de pratique d’enseignants à distance connectant les enseignants impliqués dans le projet à un réseau plus large. Cela offre des opportunités d’apprentissage similaires aux petits groupes d’enseignants et peut également être utilisé pour diffuser des contenus tels que des plans de cours ou des activités en classe à grande échelle.
  • Exemples vidéo d’enseignement – à la fois efficace et moins efficace – dans les classes Malagasy comme stimulus pour la pratique réflexive. Il a été démontré que la réflexion sur l’enseignement réel dans les salles de classe favorise l’amélioration des pratiques pédagogiques tout en développant les compétences des enseignants pour donner et recevoir des commentaires lors de l’observation de ces vidéos. La capacité d’un enseignant à donner et à recevoir des commentaires est cruciale pour sa propre formation pédagogique et celle de ses pairs. Il informe également comment ils interagissent avec les apprenants.
  • Les plans de cours et les manuels de l’enseignant peuvent aider particulièrement les enseignants novices ou moins expérimentés, les guidant de manière échafaudée. Le pilote utilisera des guides pédagogiques structurés d’un précédent projet FHI360 / USAID (Mahay Mamaky Teny).

Figure 4. Capture d’écran de termes de référence qui démontre les outils multimodaux qui seront utilisés dans le pilote pour soutenir et suivre l’apprentissage des enseignants.

La vision d’avenir

Bien que cet engagement remonte à juin 2020, ce n’est qu’en janvier 2021 que nous avons commencé à nous engager effectivement dans la conception de l’enquête. Dans les phases futures du travail, nous sommes impatients de travailler plus en profondeur sur la conception des activités visant à améliorer l’apprentissage des enseignants, qui seront suivies à travers des observations de leçons et d’autres outils de suivi pour comprendre l’impact sur les étudiants. Bien que nous ayons déjà beaucoup appris, nous ne sommes qu’au début de cette passionnante collaboration. Nous avons hâte de partager davantage sur ce que nous apprenons de l’enquête et du travail en cours à Madagascar.

Note: ce blog a été écrit en mars / avril 2021, on sait que la situation avec le Covid-19 à Madagascar s’est beaucoup aggravée dans les dernières semaines, alors il y a une possibilité que certains aspects du blog doivent changer pour s’adapter au contexte en évolution rapide.  

Koomar, S., Moss Coflan, C., Rasolohery, H. (2021). L’utilisation des preuves pour renforcer la formation pédagogique à travers les technologies à Madagascar. Blog post . DOI: 10.5281/zenodo.4645807 Available at https://docs.edtechhub.org/lib/BBWJNPNA. Available under Creative Commons Attribution 4.0 International, https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/.

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